Pour la table de tri elle-même, ça a été beaucoup plus complexe. L'enjeu étant de déplacer des objets
longitudinalement et, simultanément, de les dévier latéralement en fonction de leurs dimensions. Pour
la déviation latérale, l'idée m'est venue tout de suite : des sortes de rails disposés à différentes hauteurs
permettront un tri en fonction de la taille.
Ici, une décision s'est imposée : les objets devront être cubiques pour être correctement triés, quelle
que soit leur position. Suivez mon raisonnement : un objet non-cubique bousculé en passant d'une bande
convoyeuse à l'autre serait passé, couché, sous tous les rails de déviation et n'aurait alors pas été trié.
J'ai choisi des cubes de bois, respectivement de 30, 40 et 50 mm d'arête... D'où le logo de l'entreprise :
TRI-7-logo.jpg
Pour le déplacement sur la table, plus question d'utiliser du tissu : les cubes ne glisseront pas latéralement
à cause du frottement. Il faut une surface qui soit entraînante tout en restant la moins adhérente possible.
La solution des axes de faible diamètre en matériau lisse, du métal, ne m'est pas apparue immédiatement,
mais quand je l'ai appliquée, elle a consommé plus de 6 mètres linéaires de jonc acier en diamètre 4 mm...
Heureusement que ça ne coûte pas cher !
Stade suivant : il faut les faire tourner, ces axes ! J'ai imaginé un truc bon marché : utiliser des mini-courroies
réalisées avec des petits o-rings (des joints d'étanchéité pour la mécanique) mais ça ne donnait pas de
résultat probant : soit leur diamètre légèrement trop grand faisait qu'ils patinaient sur l'axe (évidemment !
je les avais voulus glissants, ces axes...) soit leur diamètre légèrement plus petit induisait une tension trop
grande et donc une inertie (n'oublions pas qu'il y a 25 axes) telle que le moteur n'entraînait plus rien. Echec !
Grrrrrr !
On se calme...
Mon intuition m'a alors suggéré qu'un train d'engrenages pourrait faire l'affaire. Mais deux pignons adjacents
tournent dans le sens inverse l'un par rapport à l'autre, ce qui ne pouvait pas convenir : le but étant que
tous les axes tournent dans le même sens... Comment concevoir ça ?
De nombreuses heures de réflexion et autant d'essais de montage ont fini par me donner la solution. Une
solution relativement simple dans son concept mais onéreuse à mettre en œuvre : ce dispositif ne requiert
pas moins de 48 pignons Meccano No 26, qu'on trouve habituellement à des prix oscillant entre 3.50 et 5.00 €
la pièce sur le marché de l'occasion, soit l'équivalent d'une dépense entre 170 et 240 CHF rien que pour les
engrenages !.. Pour ne pas mettre en danger les finances du ménage Krado, j'ai dû chiner un peu partout
pendant des mois pour en trouver à bas prix (Je remercie ici le monsieur du Pas-de-Calais qui m'en a vendu
18 pour 15 €)
TRI-8-table.jpg
TRI-9-table-dessus.jpg
Voilà donc la bête. Avant le premier essai, j'ai enduit les pignons de graisse au sulfure de molybdène pour
atténuer les frottements.
TRI-10-table-dessous.jpg
Un schéma va vous aider à comprendre comment tous les axes tournent dans le même sens :
SCHEMA DE FONCTIONNEMENT DE LA TABLE DE TRI
Celles et ceux qui n'aiment pas les descriptions techniques peuvent sauter ce paragraphe...
D'abord je dois préciser que je ne suis pas un pro du dessin industriel et encore moins du traitement des
objets en 3D. Je prie donc les spécialistes de ne pas examiner mon schéma à la loupe car ils vont y trouver
des tas d'imperfections...
Je n'ai pas figuré la chaîne qui relie le pignon moteur à la roue dentée R1. Quant à la chaîne qui relie les roues
dentées R1 et R2, je l'ai représentée sous l'aspect d'une courroie parce que dessiner une chaîne galle en 3D,
c'est au-dessus de mes forces !!!
J'ai aussi diminué la taille des roues R1 et R2 sur ce schéma pour ne pas cacher les pignons qui se trouvent derrière.
Donc grâce à cette chaîne-courroie, le moteur actionne ensemble les roues dentées R1 et R2.
Indication importante : les pignons figurés avec une bague rouge peuvent tourner librement et indépendamment
de l'axe sur lequel ils sont placés. Les pignons avec bague couleur laiton sont solidaires de l'axe sur lequel ils
sont fixés. Des flèches
rouges montrent dans quel sens tourne chacun des pignons.
TRI-11-table-schema.png
L'entraînement :
La roue dentée
R1 entraîne l'axe
A1 et le pignon
P1 ; sur cet axe, le pignon
PV est libre.
Le pignon
P1 entraîne le pignon
PC qui est libre sur son axe, puis le pignon
PD, solidaire de l'axe
AM. Ensuite, le
mouvement est transmis au pignon
PE, libre sur son axe, puis au pignon
PF, solidaire de l'axe
AN.
Ainsi, la roue
R1 permet le mouvement d'un axe sur deux, les axes
A1,
AM et
AN tournant dans le sens
horaire,
tandis que les pignons libres
PA,
PC et
PE tournent librement dans le sens
anti-horaire.
La roue dentée
R2 entraîne l'axe
A2 et le pignon
P2 ; sur cet axe, le pignon
PE est libre.
Le pignon
P2 entraîne le pignon
PX qui est libre sur son axe, puis le pignon
PW, solidaire de l'axe
AL. Ensuite, le
mouvement est transmis au pignon
PV, libre sur son axe, puis au pignon
PU, solidaire de l'axe
AK.
Ainsi, la roue
R2 permet le mouvement d'un axe sur deux, les axes
A2,
AL et
AK tournant dans le sens
horaire,
tandis que les pignons libres
PZ,
PX et
PV tournent librement dans le sens
anti-horaire.
Au final, tous les axes tournent dans le sens horaire comme le montrent les flèches
vertes
Le principe illustré ici est le même pour les 25 axes de la table de tri, permettant le déplacement régulier des
objets à trier. (hmmm... j'espère que j'ai été clair...).
TRI-détail.jpg
J'ajoute seulement pour la bonne compréhension que les pignons libres sur leur axe sont empêchés de glisser
longitudinalement par une bague d'arrêt No 59. Il me reste juste à tourner une video pour montrer le déroulement
de triage...
Voilà, avec ce montage s'achève la série des choses que j'avais à vous montrer. Merci de votre attention
